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Avant d'automatiser, soyez curieux : la méthode Claude

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5 juin 2026 · 7 min de lecture
Avant d'automatiser, soyez curieux : la méthode Claude

On voit beaucoup d'utilisateurs se précipiter sur Claude avec une seule question en tête : « qu'est-ce que je peux automatiser tout de suite ? ». L'instinct est bon, le timing est mauvais. Avant d'automatiser quoi que ce soit, il y a deux disciplines qui rendent l'investissement rentable sur la durée : la curiosité, qui pousse à explorer ce que l'outil sait faire, et la documentation, qui garde mémoire de ce qu'on a découvert. Sans elles, chaque automation est une île. Avec elles, on construit un archipel cohérent.

Cet article décrit la méthode que nous utilisons chez AB-Arts. Trois temps : être curieux, s'intéresser au détail, écrire ce qu'on apprend. Ça n'est pas spectaculaire. C'est juste ce qui fait la différence, à trois mois, entre une équipe qui surfe sur Claude et une équipe qui s'en lasse.

La curiosité, ce muscle qu'on ne travaille plus assez

La curiosité, dans le rapport à un outil comme Claude, n'a rien de mystique. C'est l'envie de tester ce qui n'est pas écrit dans le mode d'emploi. De cliquer sur un menu qu'on n'a jamais ouvert. De taper une commande qu'on n'a vue nulle part. D'essayer de demander à Claude une chose qu'on ne demandait jamais à un assistant humain, juste pour voir.

C'est ce qui sépare un usage paresseux d'un usage vivant. Le premier consiste à recopier les prompts qu'on a vu sur LinkedIn. Le second consiste à se demander, devant chaque tâche : et si je tentais autrement ? Et si je lui demandais de prendre un autre angle ? Et si je le branchais sur cette base ? Le second est plus fatiguant les premières semaines. Il est infiniment plus rentable les suivantes.

Concrètement, on entretient cette curiosité par des petits gestes répétés. On suit deux ou trois sources fiables qui montrent ce que d'autres font avec Claude : le blog d'Anthropic, des chaînes YouTube spécialisées, des newsletters qu'on lit le matin. On garde dix minutes par jour pour essayer une chose qu'on n'a pas essayée la veille. On note l'effet, même s'il est décevant. Sur trois mois, ce sont des dizaines d'essais qui s'accumulent, et la connaissance acquise n'est plus pareille.

S'intéresser avant d'optimiser

L'intérêt est le second pilier, et il diffère subtilement de la curiosité. La curiosité explore. L'intérêt se penche. Quand on lit un article, on peut le survoler ou s'y arrêter. Quand on découvre une nouvelle feature de Claude, on peut la classer mentalement (« utile / pas utile »), ou on peut s'asseoir cinq minutes pour comprendre comment elle fonctionne, où elle peut être utile, ce qu'elle change par rapport à l'existant.

💡 L'intérêt, c'est la décision de ralentir devant un outil pendant que tout le monde court. C'est exactement ce qui produit, six mois plus tard, l'avantage compétitif.

Devant une feature comme les connecteurs MCP officiels, par exemple, on peut se contenter d'installer Notion et passer à autre chose. Ou on peut prendre une demi-heure pour parcourir l'annuaire complet, repérer trois ou quatre MCP qui touchent au métier, lire ce que chacun permet exactement, et noter ceux qui méritent un test approfondi. La première approche coûte cinq minutes, et ne change rien sur la durée. La seconde coûte trente minutes, et transforme la vision qu'on a de ce qui est possible.

L'intérêt, par construction, n'est pas pressé. Il est même tranquille. Mais il est lucide. Et dans un monde où la pression est de tester chaque modèle sorti la veille au soir, ralentir devient un acte de méthode, pas de paresse.

Le carnet, la note, le README : trois formes du même geste

La curiosité explore, l'intérêt approfondit, la documentation conserve. Sans le troisième temps, les deux premiers s'effacent. On a tous fait l'expérience désagréable de se souvenir, vaguement, qu'on a déjà essayé telle chose il y a deux mois, sans pouvoir remettre la main sur le résultat. La documentation est ce qui empêche que cela se reproduise.

Elle prend trois formes principales, qui se complètent.

Les trois ont la même fonction au fond : protéger votre mémoire contre l'oubli. La différence est dans la maille. Le carnet attrape les éclairs. La note de fond garde les compréhensions. Le README garde les configurations. Pour voir ces trois formes cohabiter à l'année sur un vault personnel, lisez notre article sur Obsidian et Claude au quotidien, qui détaille comment chaque maille (carnet, note, README) s'alimente l'une l'autre. Mais l'intention est identique : ce que vous avez compris ne doit pas se perdre.

La carte des outils que vous connaissez

Cas pratique, qu'on recommande à chaque équipe qui commence sérieusement avec Claude : tenir une carte des outils auxquels Claude peut se brancher, et qu'on a déjà testés. Ce document, qui tient sur deux pages, change la vie du quotidien.

Concrètement, on liste chaque MCP ou intégration testée. On note ce qu'on en attendait, ce qu'on a obtenu, les pièges rencontrés. On classe par catégorie (créa, gestion, dev, marketing, finance). On marque ceux qui sont déjà déployés en production, ceux qui restent au stade de l'essai, ceux qu'on a écartés et pour quelle raison. On la met à jour à chaque nouveau test.

Pourquoi ce document est si rentable ? Parce qu'il transforme la connaissance dispersée de chaque membre en patrimoine partagé. Un nouvel arrivant lit la carte et gagne deux mois. Une équipe qui doit décider d'un automation regarde la carte avant de réinventer la roue. Au bout d'un trimestre, ce document devient l'un des actifs les plus précieux du projet, et il est gratuit à produire.

Un exercice quotidien, dix minutes par jour

Pour ancrer cette discipline sans qu'elle devienne un poids, voici un rituel court qui marche, et qu'on enseigne dans nos masterclasses. Chaque matin, dix minutes avant d'ouvrir sa boîte mail. Pas plus.

  • Minute 1 à 3. Lire une seule source courte. Un article, une release note, une discussion sur un forum. Choisir une chose dont on entend parler sans la connaître.
  • Minute 4 à 7. Tester une chose dans Claude. N'importe quoi, mais une chose qu'on n'a pas testée la veille. Un nouveau MCP, une nouvelle façon de poser un prompt, un nouveau type de tâche.
  • Minute 8 à 10. Écrire deux phrases dans son carnet. Pas un essai littéraire, pas un rapport. Juste : ce que j'ai essayé, ce que ça a donné, ce que j'en garde.

Sur dix minutes, ça paraît anecdotique. Sur trois mois, c'est soixante essais documentés. Sur un an, c'est plus de deux cents. À ce rythme, l'usage de Claude devient une discipline plutôt qu'une habitude tiède.

Pourquoi cette discipline est rentable

On pourrait penser qu'au bout du compte, peu importe la méthode, du moment qu'on automatise. C'est ne pas voir ce qui se joue. Les automations bien conçues s'appuient toujours sur une compréhension fine du domaine. Cette compréhension ne s'achète pas. Elle se construit par cette routine curieuse-intéressée-documentée que cet article décrit.

Plus le temps passe, plus l'écart se creuse entre une équipe qui tient cette discipline et une équipe qui se contente de suivre les modes. La première sait ce qui marche chez elle, et ce qui ne marche pas. Elle peut expliquer ses choix, défendre ses architectures, retrouver pourquoi telle décision a été prise six mois plus tôt. La seconde se contente de réimplémenter, à chaque nouveau modèle, ce qu'elle implémentait déjà avec le précédent, sans gain réel.

La méthode AB-Arts en deux phrases : on n'automatise jamais ce qu'on n'a pas compris, et on ne comprend qu'à condition d'avoir été curieux puis intéressé puis méthodique. C'est cette discipline que nous transmettons dans nos masterclasses, parce qu'elle est la racine de tout ce qui vient après, des prompts au déploiement.

Et pour démarrer concrètement, ne cherchez pas l'outil parfait. Choisissez un seul terrain d'essai aujourd'hui : un nouveau MCP à brancher, un workflow à documenter, un usage Claude à pousser au-delà de votre routine. Passez-y trente minutes, écrivez deux phrases, gardez la trace. La discipline tient à ce geste répété, pas à un environnement préfabriqué.


Pour aller plus loin sur la pratique de la documentation personnelle, lisez notre article sur Obsidian et Claude au quotidien. Pour mesurer concrètement la différence d'usage entre curiosité passive et curiosité active, lisez notre article sur la créativité comme matière première.